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Sous les étoiles de septembre Notre cour a l'air d'une chambre Et le pressoir d'un lit ancien ; Grisé par l'odeur des vendanges Je suis pris d'un désir Né du souvenir des païens.
Couchons ce soir Tous les deux, sur le pressoir ! Dis, faisons cette folie ?... Couchons ce soir Tous les deux sur le pressoir, Margot, Margot, ma jolie !
Parmi les grappes qui s'étalent Comme une jonchée de pétales, Ô ma bacchante ! roulons-nous. J'aurai l'étreinte rude et franche Et les tressauts de ta chair blanche Ecraseront les raisins doux.
Sous les baisers et les morsures, Nos bouches et les grappes mûres Mêleront leur sang généreux ; Et le vin nouveau de l'Automne Ruissellera jusqu'en la tonne, D'autant plus qu'on s'aimera mieux !
Au petit jour, dans la cour close, Nous boirons la part de vin rose Oeuvrée de nuit par notre amour ; Et, dans ce cas, tu peux m'en croire, Nous aurons pleine tonne à boire Lorsque viendra le petit jour.
Le soir, quand paraît la première étoile, Les coeurs de tous ceux qui sont morts d'amour Viennent vers la terre et fendent le voile Qui les cache aux yeux des vivants, le jour. Alors, dans la nuit brune et fantastique, Leur sang meurtri pleut et retombe en pleurs Sur l'herbe, troublant la mélancolique Chanson de sanglots du vent dans les fleurs.
Et les coeurs en peine, et les pauvres coeurs Dansent dans les airs la valse mystique !...
Ils accourent tous !... le coeur du poète Et de son amante aux yeux langoureux, Le coeur de l'éphèbe à la blonde tête, Le coeur torturé des vieux amoureux, Le coeur de la vierge aimante et pudique, Le coeur de la femme aux baisers trompeurs, Ils accourent tous !... pris d'un nostalgique Besoin de revoir le val des douleurs.
Et les coeurs en peine, et les pauvres coeurs Dansent dans les airs la valse mystique ! ...
Ils tournent noyés dans des flots d'extase, Parmi des parfums lourds et capiteux Tandis que la lune au front de topaze Etincelle au fond du ciel nébuleux ; Et leur tourbillon noir et magnétique Poursuit son chemin, semant des lueurs D'or en fusion dans la magnifique Splendeur de l'espace aux vagues pâleurs.
Et les coeurs en peine, et les pauvres coeurs Dansent dans les airs la valse mystique !...
Mais, sitôt que perce un clair rayon d'aube Et qu'un chant d'oiseau bruit dans le vallon, Leur essaim léger au loin se dérobe Et plus rien !... alors, plaintifs, ils s'en vont, Pour rentrer, passer sous le grand portique D'azur diaphane enlacé de fleurs D'opale où le Dieu calme et pacifique Dénombre, un par un, le troupeau des coeurs.
Et le lendemain, tous les pauvres coeurs Reviennent danser la valse mystique.
Un jour, le Roi ne peut plus compter ses blessures Malgré les contreforts ; Son pauvre cœur saignant par toutes les fissures Des poreux coffres-forts ;
L'âme toute rougie des brûlantes morsures Des regrets, des remords, Et la langue collée aux funestes gerçures Des lèvres de ses morts.
Dans un ultime effort, soulevant ses paupières, De son glorieux passé endormi sous les pierres, Le Roi entend le chœur ;
Et regarde, penché, derrière la fenêtre La nouvelle saison s'apprêtant à renaître Des cendres de son cœur.
Avec ce bulletin que vous mettrez dans l’urne Peut être vous pourrez sauver votre retraite En virant pour ce bon cet homme taciturne Qui met depuis cinq ans les riches à la fête.
Au fond de l’isoloir, allez ranger son nom, Dans le tiroir marqué « défaites à venir » En noircissant demain par un trait de crayon Il a brisé l’espoir d’un meilleur avenir.
Offrez ses propres mots, remplis d’impolitesse Au roi de pacotille, un serment de gascon. Par ce bout de papier le cœur plein d’allégresse Dites lui simplement « casse-toi pauvre con ».
Ce matin, j’ai visité mon âme : Je l’imaginais depuis longtemps. J’espérais qu’elle fût une belle femme, Mon cœur battait virtuellement.
Elle, si présente dans mes pensées Me soufflant les rimes de mes mots, N’ignore pas la sensibilité Que jouent les notes de mes pianos
Elle est aussi ravissante que toi, Pourquoi faut-il qu’elle me soit semblable ? Dans les chagrins comme dans les joies Elle brûle d’un amour indécelable…
Ce matin, j’ai rencontré mon âme Celle que j’attendais incessamment Elle offrait la grâce qu’on réclame Son soleil au Zénith s’élevant
Je l’imaginais depuis longtemps : Mon cœur a bondi au firmament ; Elle offrait les grâces qu’on réclame, Mon soleil au zénith l’élevant…